Athéisme

I¡Athéisme 

L‘athéisme désigne l’ensemble des attitudes ou des doctrines fondées sur la négative de l’existence de Dieu et des divinités. Il serait plus juste de parler des athéismes, l’athéisme n’étant pas un système de pensée structurée comme le sont les religions. En outre, il se développe souvent en réaction à une ou plusieurs religions présentes dans la société. Cependant, certains traits se retrouvent chez la plupart des doctrines athées. 

 

 

 

1.a¡Définitions  

1.a.b Étymologie  

Le mot athéisme apparaît au XVIe siècle (première mention : François de Billon, Le Fort inexpugnable, 1555). Il dérive du mot athée et du suffixe -isme et qualifie donc « la doctrine de l’athée ». 

Le mot athée (dans sa version française), remonte également au XVIe siècle (première mention : Jaques Peletier, Œuvres poétiques, 1547). Le mot vient de l’acception chez Platon de l’adjectif grec atheos (Αθεος) « qui ne croit pas aux dieux » qui sera repris en latin chrétien par atheos « qui ne croit pas en Dieu ». 

L’athéisme peut donc être défini étymologiquement comme « l’état ou l’attitude de celui qui ne croit pas en Dieu », dans un contexte monothéiste, ou plus généralement, comme « l’état ou l’attitude de celui qui ne croit pas aux dieux ». 

1.a.b1 Sens moderne  

Autrefois, l’Église appelait athées ceux qui ne respectaient pas ou partiellement ses dogmes. De nos jours également, on assiste à des amalgames. Ainsi, avec le développement des médias, les termes du langage acquièrent rapidement des sens élargis. C’est ainsi que l’on parle volontiers d’athéisme pour décrire l’agnosticisme, le rationalisme, ou encore l’antichristianisme, l’incroyance ou encore, le rejet de toute religion conçue comme reliquat de l’obscurantisme destiné à disparaître dans une eschatologie exprimée sous une forme scientiste. À l’inverse l’Église tend parfois à limiter l’athéisme au matérialisme pur. 

1.a.c Athéisme et agnosticisme  

L’agnosticisme, (du grec a, privation, et gnosis, connaissance), est une méthode selon laquelle ce qui dépasse les apparences sensibles (c’est-à-dire ce qui relève d’une connaissance des réalités dites métaphysiques) est inconnaissable, et qui, de ce fait, se méfie des doctrines dogmatiques. L’agnostique ne croit ni au surnaturel ni aux manifestations du divin, mais ne se gène pas, contrairement à l’athée, pour l’affirmer de façon constructive et critique. Tels étaient les libertins. 

1.a.d Athéisme et rationalisme  

L’athéisme ne rejette que l’existence des dieux, c’est-à-dire l’existence d’êtres supérieurs ayant un pouvoir sur la destinée des Hommes. Ils ne rejettent en rien l’existence de phénomènes irrationnels. Le rationaliste, lui, ne tient pour vrai que les hypothèses rationnellement défendables, ce qui n’exclut pas la possibilité de la foi. En effet, l’impossibilité même de prouver l’existence de Dieu a été tenue pour un motif sérieux de croyance : « Credo quia absurdum est », « Je crois parce que c’est absurde » (Apologétique, tertullien). Un athée n’est pas nécessairement rationaliste ; les rationalistes quant à eux peuvent adopter des attitudes très variées à l’égard de la foi : soit qu’ils croient en dépit de la raison et de l’expérience, soit qu’ils s’abstiennent de se prononcer, soit qu’ils nient toute existence du divin. 

1.a.e Athéisme et antichristianisme  

A l’époque où le christianisme dominait la vie sociale (spirituelle, politique, intellectuelle, scientifique, etc.) d’une grande partie de l’Europe, l’athéisme était généralement considéré comme le rejet de cette religion en particulier. Bien que cela ait été le cas de certains athées humanistes (en opposition notamment aux Croisades et à l’Inquisition), l’antichristianisme ne représente qu’une petite frange des athées. Mais il faut signaler aussi l’importance de l’antichristianisme des Lumières, antichristianisme qui ne fut pas toujours athée (Voltaire en est l’exemple le plus illustre), et qui se trouvait mêlé à divers mouvements (y compris athées) de lutte contre les dogmes de toute religion. 

1.a.f Athéisme non-négationniste  

Pour Émile Littré, l’athée est, « celui qui ne croit point que Dieu existe. » et ajoute que « les Grecs distinguaient les prénoms athées (par exemple Platon) et les prénoms théophores (par exemple Dionysios) ». D’après lui, les prénoms athées ne niaient pas l’existence des dieux ; ils ne s’y référaient pas. 

Cet exemple est représentatif d’un courant de pensée qui tend à réduire le champ de l’athéisme de « celui qui ne croit pas aux dieux », a « celui qui croit que les dieux n’existent pas ». 

1.a.g Athéisme et libre-pensée  

Il faut également distinguer athéisme et libre-pensée. Un libre-penseur essaie de se détacher de tout dogme, et de ne poser aucun a priori sur la connaissance. Il n’y a donc aucune raison a priori qu’un libre-penseur soit athée: son athéisme éventuel doit être confirmé par sa réflexion. 

Enfin, quoique la plupart des athées occidentaux soient matérialistes et adhèrent aux conceptions scientifiques, ce n’est pas non plus obligatoire. 

 

2.b Les athéismes 

La définition de l’athéisme est simple, elle est l’absence de croyance aux dieux. Mais les raisons qui motivent cette absence de croyance sont, elles, très diverse et amènent souvent à considérer des athéismes bien distincts. 

2.b.a  L’athéisme humaniste  

La négation de l’existence de Dieu ou des dieux et la négation de la possibilité de savoir s’il y a une telle existence soulèvent le problème de l’origine et de la fondation des valeurs suivies par l’homme. Une réponse possible, l’humanisme philosophique, consiste à faire de l’homme son propre critère, prenant ainsi en quelque sorte la place du divin. La formule la plus célèbre de cet humanisme : « l’homme est la mesure de toutes choses », formule de Protagoras, signifie que les valeurs humaines s’élaborent par la confrontation des discours, en dehors de toute référence à un dieu (Platon répondra dans les Lois que « le dieu est la mesure de toutes choses »). 

« L’athéisme est une négation de Dieu et par cette négation, il pose l’existence de l’homme », Karl Marx 

2.b.b L’athéisme scientifique  

À l’époque où les connaissances scientifiques (plus particulièrement celles concernant les mécanismes de l’univers) en étaient encore aux balbutiements, le principe d’économie penchait plutôt en faveur du religieux qui apportait des réponses simples aux questions complexes de l’humanité. Les religions interprétatives ont eu comme atout majeur d’être capables de s’adapter aux évolutions des techniques et des mœurs. On peut citer en exemple la religion égyptienne antique qui réussit, tout au long de son histoire, à intégrer dans sa théologie des éléments issus d’événements politiques (par exemple, la divinisation des envahisseurs) et des avancées techniques. Ainsi, les religions interprétatives restent en contact avec les préoccupations des gens et constituent encore un choix avantageux pour le principe d’économie. 

Avec l’avènement des religions du livre (judaïsme, christianisme et islam), les réponses se trouvent confinées aux écrits et à leurs interprétations. Il est difficile de dire si c’est le manque de réactivité (ou de volonté) de la part des autorités religieuses, ou l’extraordinaire rapidité du développement des sciences au siècle des lumières, mais toujours est-il que le fossé entre les phénomènes scientifiquement observables et les explications apportées par les religions s’est élargi au point que la science est devenue plus éligible au principe d’économie. Le principe d’économie étant souvent appliqué par ceux qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas) chercher dans la raison les réponses à leurs préoccupations, il explique la croissance constante de l’athéisme qu’on constate dans de nombreux pays. 

2.b.c L’athéisme philosophique  

L’attitude des philosophes à l’égard des croyances religieuses de leur temps a toujours été ambiguë et fut souvent mal perçue par les autorités politiques et religieuses. Rares sont en effet les philosophes, qui à l’instar de Pascal, ont fait le pari de considérer l’existence d’un dieu telle que celle-ci peut être révélée par une tradition écrite. C’est pourquoi Pascal parle avec mépris du Dieu des philosophes, expression ironique, puisque ce Dieu, comme le Dieu de Descartes par exemple, est si métaphysique qu’il ne paraît plus pouvoir se comparer que de loin au Dieu de la Bible. En effet, lorsque les philosophes reprennent l’idée de Dieu ou du divin à leur compte, ils la transforment à ce point qu’elle peut se trouver en contradiction avec la foi ou la tradition, et semble quelque fois se confondre avec l’idée de nature (voyez Spinoza). On peut admettre, à quelques nuances près, que la réflexion philosophique tend en général à naturaliser le divin, à le ramener dans le monde, préparant ainsi la voie à un véritable athéisme. 

En ce qui concerne l’athéisme philosophique proprement dit, dont on trouve l’origine chez le philosophe grec Démocrite, il s’appuie sur des arguments variés, du domaine du relativisme, du rationalisme, du nihilisme, et même de la morale. L’athéisme nie l’existence d’entités dont l’existence n’est pas prouvée ou observable, et dévoile également l’immoralité de la thèse de cette existence (La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas, Stendhal). Il n’y a pas d’arguments valables pour soutenir la croyance en l’existence d’un dieu quelconque, qu’il soit conçu par l’homme (anthropomorphique) ou qu’il soit une abstraction métaphysique. Ce point est reconnu par Pascal, lorsqu’il dit que l’argument ontologique ne convainc que ceux qui croient déjà. Dès lors la croyance en un être surnaturel et suprême est suspectée de n’être qu’une dévaluation déguisée de la vie humaine, une expression de l’abandon infantile des hommes à leurs craintes. Même si cette remarque est certainement misogyne, il est intéressant de souligner que, pour certains Anciens, ceux qui s’abandonnaient à la foi chrétienne étaient des êtres faibles, c’est-à-dire que, selon eux, cela touchait surtout les femmes (sic). 

Les philosophes suspects d’athéisme, d’impiété ou d’hérésie furent parfois persécutés. Les Athéniens brûlèrent les livres de Protagoras et offrirent une récompense pour qui le tuerait. En 1600, Giordano Bruno fut brûlé, ainsi que d’autres philosophes accusés de panthéisme. C’est seulement à partir des Lumières et jusqu’à aujourd’hui que de nombreux philosophes parvinrent à examiner avec plus de liberté l’hypothèse de l’existence de Dieu ou des dieux, soit pour la remettre entièrement en cause, soit pour la reformuler. À titre d’exemple, la critique nietzschéenne du christianisme souvèle la question des fondements théologiques de la morale, critique qui aboutit à la négation de valeurs immuables et à la thèse de l’immoralisme du devenir, thèse également défendue par Spinoza

Citons Bayle, Holbach, Diderot, Stirner, Feuerbach, Nietzsche, Sartre, Comte-Sponville, Albert Jacquard

La réflexion philosophique ne conduit pas nécessairement à l’athéisme, elle peut aussi s’orienter vers le scepticisme ou agnosticisme, qui nie autant l’existence de dieu que sa non-existence. Le sceptique ne veut en effet formuler aucune hypothèse dogmatique, ce qu’il exprime par l’expression pas plus ceci que cela (où l’on peut reconnaître une influence de l’hindouïsme), ce qui se laisse reformuler ainsi : « je ne suis pas plus certain qu’il y a des dieux que je ne suis certain qu’il n’y en n’a pas » 

En Europe, l’athéisme philosophique est la première forme d’athéisme qui fut toléré par les autorités catholiques et la première reconnus par les intellectuelles comme un athéisme positif. Le Dictionnaire de l’académie française (8e et 9e édition) définit d’ailleurs seulement l’athéisme comme une « doctrine philosophique qui nie l’existence de Dieu ». 

2.b.d L’athéisme spirituel  

Bien que spiritualisme et athéisme peuvent sembler être deux notions antinomiques, elle ne le sont pas forcement. Si l’on considère l’athéisme comme la négation de l’existence des dieux, elle n’empêche en rien la croyance a d’autre forme de pensé abstraite. Ainsi, des religions dont les dogmes ne font pas intervenir la notion de divinité, peuvent, d’une certaine mesure, être considéré comme athée. 

Par exemple, le Panthéisme naturel

 

2.b.e Nouveaux mouvements religieux  

Certaines religions n’ayant pas le concept de dieux créateurs ou ayant une autre conception du divin, sont revendiquées comme des « religions athées ». Parmi elles, seul les raëliens, qui croient en l’existence d’êtres extraterrestres qu’ils élèvent à un rang supérieur à celui des humains, et réinterprètent de même les dogmes chrétiens de façon techniciste (et donc, en un sens, matérialiste), se considèrent comme athées. 

2.b.f Religions orientales  

Des religions orientales comme le bouddhisme, le jaïnisme, le taoïsme ou le vedanta sont parfois considérées (notamment par les occidentaux) comme athées du fait qu’elles ne mettent pas en avant des être supérieurs pouvant influer sur la vie de l’en-deçà. Les êtres spirituels des religions orientales sont plus souvent des modèles à reproduire que des êtres pouvant agir. C’est donc surtout une conception du divin bien opposé a la vision judéo-chrétienne, qui provoque cette confusion. 

Ceux qui considèrent ces religions comme athées, les classent dans l’athéisme spirituel au même titre que le chamanisme ou le panthéisme naturel. Cependant, ces religions récusent souvent ce classement. 

Ceux qui considèrent que ces religions ne sont pas athées expliquent que le fait d’être « non théistes » n’implique pas forcement la négation du théisme. Pour eux, ces religions ne conçoivent pas les dieux comme des êtres comme le fait le théisme qui caractérise les religions occidentales. 

2.b.g L’athéisme passif  

Lors que l’athéisme n’est pas dicté par la raison, on parle d’athéisme passif ou d’athéisme faible. En fonction du niveau de conscience, cet athéisme peut être issu d’une simple sensation intuitive ou bien être aussi dogmatique qu’une doctrine religieuse. Ce type d’athéisme peut avoir des origines très diverses, souvent influencé par le milieu familial ou culturel. Si on admet que l’enfant embrasse souvent la religion de ses parents, on pourrait dire aussi sûrement qu’il embrasse souvent l’athéisme de ceux-ci. 

L’athéisme passif peux avoir également comme origine l’indifférence face a la question de l’existence des dieux, ou encore praticité a se conformer a une opinion largement admise et mise en valeur. 

Bien que moins dénoncé que le dogmatisme religieux, l’athéisme passif est souvent également critiqué pour son manque de rationalisme. Mathieu Delarue, disait par exemple, « L’athéisme n’est pas une conclusion, c’est un point de départ! », sous entendu que l’athéisme doit être, selon lui, le point de départ vers une réflexion sur l’existence. 

 

 

 

2.c¡ Origine de l’athéisme 

On ne peut comprendre les sources de l’athéisme sans comprendre celles de la croyance aux dieux. Les sociologues (athées) considèrent que le besoin de dieu prend ses sources dans la peur qu’éprouve l’Homme face à l’inconnu. Il est toujours plus facile de raisonner à partir d’hypothèses établies (même arbitrairement) que dans un système d’inconnues. 

¡histoire de l’athéisme 

2.c.a Athéisme et art  

Beaucoup d’œuvres d’art importantes ont été inspirées par les religions, et en comparaison l’athéisme en tant que tel n’a guère inspiré les artistes. 

On peut ainsi citer la salle hypostyle du temple de Karnak, l’Acropole d’Athènes, la grande mosquée de Cordoue, Sainte-Sophie de Constantinople, les cathédrales (Vézelay, Chartres, …), Giotto, les retables de Gand et de Colmar, Dante, Milton, Bossuet, Bach, … et tous les auteurs athées qui se sont essayés contre les religions. 

Toutefois, on peut se demander si la position dominante de la religion au cours des siècles passés, en particulier en tant que principe organisateur des sociétés, ne suffit pas à expliquer largement cette différence. L’athéisme a rarement joué ce rôle, et ne le joue toujours pas. C’est une chance pour l’art quand on voit les réalisations du réalisme soviétique

Peu d’artistes modernes se réclament de la religion. 

2.c.b Athéisme et politique 

L’athéisme n’exclut pas systématiquement l’expression de religions. 

  • soit par respect : idée que les messages attribués à Dieu ou aux Dieux synthètisent une vérité anthropologique, médicale, et sociale, et que même si la cause attribuée (la divinité) est absente et fausse, l’effet n’est demeure pas moins réel et par conséquent les prescriptions dignes d’attention (par exemple, les interdits religieux sont souvent validés par des problèmes médicaux causés par leur inobservance). 

  • soit par tolérance : idée qu’avec l’éducation, la religion disparaîtra d’elle-même, (à l’imitation du christianisme qui pensait qu’avec l’éducation, le judaïsme disparaîtrait de lui-même) et qu’en attendant elle ne justifie pas une lutte. 

  • soit par pragmatisme ou cynisme : certains athées ont pu considérer la religion comme un outil social permettant de maintenir une communauté sous leur coupe, l’unité nationale, l’honnêteté des citoyens, etc. C’est le cas de Charles Maurras [1], de Napoléon dans sa mise en œuvre du Concordat de 1802

  • soit par prosélytisme (qui est un acte politique) en se comportant, comme de véritables prêtres d’une a-théocratie vis à vis de leurs concitoyens, qu’elles soient ou non dominantes (par exemple, l’attitude des dictatures communistes envers les religions). 

note : [1] Charles Maurras, comme conscience se réclamait de l’athéisme. En revanche, il prêchait le catholicisme politique dans son mouvement l’Action Française, c’est à dire, que politiquement, il pensait que le catholicisme représentation l’essence de la nation française. 

 

2.c.c Comme religion d’État  

Cela a existé, au moins, au XXe siècle dans l’Albanie d’Enver Hoxha, ou l’exercice de toute religion était sévèrement réprimé et où tout symbole religieux était proscrit. Dans ce nec plus ultra de l’athéisme officiel et obligatoire – la version « athée » du Paradis sur Terre, en quelque sorte – les monuments religieux ont été soit détruits soit volontairement transformés de façon particulièrement ignominieuse. Une sorte de « talibanisme athée », mutatis mutandis. Tous les politologues sérieux sont d’accord sur le fait que les nostalgiques sont peu nombreux… D’autres régimes, et principalement d’inspiration marxiste, ont fait de l’athéisme un de leurs fondements et ont, avec plus ou moins de vigueur, persécuté les croyants (brimades, surveillance, réclusion, mises à l’écart, etc.). Ces pratiques n’ont, nulle part, empêché le retour, parfois rapide et puissant, de la spiritualité après la chute de ces régimes. 

Annexes  

Athées célèbres  

Antiquité  

Époque moderne  

XXe siècle 

 

 

Citations  

« Je ne suis pas libre penseur dit le veilleur 

je suis athée 

Hein quoi dit le Saint-Père 

et l’autre dans le tuyau de son oreille 

l’autre se met à gueuler 

Allo allo Saint-Père vous m’entendez athée 

A comme absolument athée 

T comme totalement athée 

H comme hermétiquement athée 

E accent aigu comme étonnement athée 

E comme entièrement athée 

pas libre penseur 

athée 

il y a une nuance. » 

(Jacques Prévert dans Paroles – La crosse en l’air

  • « Ce qui est affirmé sans preuve, peut être nié sans preuve. », Euclide (-300 ). 

  • « Peu de gens sont dignes de ne croire à rien. », Pensées d’un biologiste, Jean Rostand

  • « L’avenir est la seule transcendance des hommes sans Dieu. », L’Homme Révolté, Albert Camus

  • « J’avais une balle dans la poche, quelqu’un m’a jeté la Bible, la balle m’a sauvé la vie. », Powered by Oxygen, Woody Allen

  • « Le médecin voit l’homme dans toute sa faiblesse ; le juriste le voit dans toute sa méchanceté; le théologien dans toute sa bêtise. », Schopenhauer

  • « On a sans doute de bonnes raisons pour ne pas croire en Dieu ; mais il en faut de meilleures pour le dire. », Œuvres complètes, tome 3, Louis-Ambroise de Bonald

  • « Lorsque l’incrédulité devient une foi, elle est plus bête qu’une religion. », Edmond et Jules de Goncourt

  • « L’homme devient athée lorsqu’il se sent meilleur que son Dieu. », Pierre Joseph Proudhon (XIXe siècle) . 

  • « Dieu, cet asile de l’ignorance », Ethique I, Appendice, Spinoza 

 

 

 

 

 

 

 

 

3¡Athéisme en France 

En France  

En France, la montée de l’athéisme suit le chemin inverse du déclin du catholicisme et parallèle au bouddhisme

Athées affirmés de 1981 à 1994 : 

Année 

% de la pop. 

1981

10,0% ¹

1990

11,0% ¹

1994

23,0% ¹

2003

33,0% ²

¹ Quid 2000, ² Sondage CSA 

3.a Libre-pensée 

La libre-pensée (mot formé d’après l’anglais free-thought) est l’attitude philosophique consistant à refuser tout dogmatisme, religieux ou autre, et à ne se fier qu’à sa raison (rationalisme). 

Parmi les libre-penseurs on trouve des athées, agnostiques et des rationalistes

Il y a des liens étroits entre le mot libre-pensée et les termes athéisme, hérétique, sceptique, rationaliste, humaniste et humaniste séculier, mais ces termes ne sont pas synonymes. Une définition précise est dans le meilleur des cas difficile, parce que la libre-pensée est définie différemment par des personnes différentes. Par exemple, en principe, un libre-penseur pourrait croire en l’existence d’un Dieu, du moment que la base de cette croyance soit un argument rationnel, plutôt qu’un argument fondé sur une autorité ou une tradition. Toutefois certains libre-penseurs athées, qui considèrent qu’il n’y a pas d’argument rationnel en faveur de la croyance en un Dieu, auront du mal à accepter que de tels croyants se disent libre-penseurs. 

 

 

 

 

 

 

 

 

3.b Albert Camus 

Albert Camus (né le 17 novembre 1913- mort le 4 janvier 1960) est un écrivain français. Il développa dans son œuvre très diverse un humanisme fondé sur la prise de conscience de l’absurde de la condition humaine. Il reçut le prix Nobel de littérature en 1957

 

Le père d’Albert Camus travaillait dans un domaine viticole, près de Mondovi, pour un négociant de vin d’Alger. C’est dans ce département de Constantine que l’écrivain voit le jour. Un an plus tard, Lucien Camus meurt à la Bataille de la Marne et la famille s’installe à Alger. Albert y fait ses études, encouragé par ses professeurs dont Jean Grenier. Il commence à écrire très jeune et ses premiers textes paraissent dans la revue Sud (1932). Après le bac, il obtient un diplôme d’études supérieures en Lettres, section philosophie, mais la tuberculose l’empêche de passer l’agrégation. 

En 1935, il commence à écrire L’Envers et l’Endroit qui sera publié deux ans plus tard. A Alger, il fonde le Théâtre du Travail qu’il remplace en 1937 par le Théâtre de l’Equipe: entretemps, il a quitté le parti communiste auquel il adhérait. Il entre au journal du Front Populaire, créé par Pascal Pia: son enquête « Misère de la Kabylie » aura une action retentissante. En 1940, le Gouvernement Général de l’Algérie interdit le journal et s’arrange pour que Camus ne trouve plus de travail. Il s’installe à Paris et travaille comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir. En 1943, il est lecteur chez Gallimard et prend la direction de Combat quand P. Pia est appelé à d’autres fonctions dans la Résistance

La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps Modernes de l’article de Jeanson qui reproche à la révolte de Camus d’être « délibérément statique ». En 1956, à Alger, il lance son « Appel pour la trêve civile », alors que dehors, on hurle des menaces de mort. 

Le 4 janvier 1960, au Petit-Villeblevin, Camus trouve la mort en voiture. Il est enterré à Lourmarin où il avait acheté une maison. 

En marge des courants philosophiques, Camus a poursuivi une réflexion sur la condition humaine. Refusant de formuler un acte de foi en Dieu, en l’histoire ou en la raison, il s’est opposé simultanément au Christianisme, au marxisme et à l’existentialisme. Il n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies et les abstractions qui détournent de l’humain. 

 

Citations: 

« Je tire de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort — et je refuse le suicide. » 

A l’expérience individuelle de Caligula succède la solidarité du Dr Rieux dans une lutte interminable contre le Mal: 

« Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. » (La Peste, 1947) 

Principaux ouvrages: 

·     Le mythe de Sisyphe, 1942 

·     L’étranger, 1942 

·     Caligula, 1944 

·     La malentendu, 1944 

·     La peste, 1947 

·     L’état de siège, 1948 

·     Lettres à un ami allemand, 1948 

·     Les justes, 1950 

·     L’homme révolté, 1951 

·     La chute, 1956 

·     L’exil et le royaume, 1957 

·     Le premier homme (inachevé, publié par sa fille; 1994, Gallimard) 

 

 

 

 

 

4¡Histoire de l’athéisme 

Bien que l’on considère souvent l’athéisme comme un phénomène moderne, l’ histoire de l’athéisme remonte a l’Antiquité. 

 

1 Conditions de développement de L’athéisme 

2 les philosophes abdéritains 

3 L’athéisme dissident 

4 Climat du tournant du XVIIe XVIIIe siècle 

4.1 Les Libertins
4.2 Dissidents religieux 

 

 

4.a Conditions de développement de L’athéisme 

L’athéisme est une position critique de la religion. Il n’y a pas de religion sans athéisme de celle-ci et, réciproquement, l’athéisme ne saurait exister sans religion. Si l’on se reporte à l’article religion, on peut y lire que la religion peut être considérée comme la sécrétion d’une société pour légitimer sa façon de vivre. 

À partir du moment où le territoire de la religion n’est plus identique au territoire de la société qui lui a donné naissance, un espace est dégagé pour en penser la critique. On comprend donc que l’espace de la libre pensée est d’abord la critique d’un pouvoir théocratique que celui-ci s’exerce : 

·     sur l’instance politique : anticléricalisme, 

·     sur les consciences : liberté de conscience, 

·     sur les souffrances : humanisme. 

Ainsi et par exemple, rares sont les athées qui nieront l’existence de la « nature ». Par contre, ils nieront qu’on puisse lui accorder un statut divin, comme le faisant Baruch SpinozaDeus, sive Natura » : « Dieu, autrement dit la Nature »), ce qui implique une conception de la divinité différente. De même, il faut prendre garde à confondre la négation d’une certaine conception de Dieu avec la réfutation de tout Dieu, voir par exemple : 

« Je n’ai pas une assez haute idée de l’humanité en général et de moi-même en particulier pour imaginer qu’un Dieu ait pu nous créer. Cela ferait une bien grande cause, pour un si petit effet ! Trop de médiocrité partout, trop de bassesse, trop de misère, et trop peu de grandeur », Pascal (philosophe catholique

« Comment un Dieu aurait-il pu vouloir cela ? Croire en Dieu ce serait péché d’orgueil ; l’athéisme est une forme d’humilité. C’est se prendre pour un animal, comme nous sommes en effet, et nous laisser la charge de devenir humains. », André Comte-Sponville, Pensées sur l’athéisme (1999

De ce fait l’espace de l’athéisme est considéré par certains comme flou ; il englobe des choses différentes, telles que : 

·               Le fait de ne pas croire aux dieux de la cité comme l’Empire romain le reprochait aux juifs et aux chrétiens 

·               Le fait d’avoir une conception du divin différente de celle développée par la majorité comme Lucien Fêvre le montre dans le problème de l’incroyance au temps de Rabelais ? On parlera alors d’une incrédulité dialectique qui court de Friedrisch Niezsche jusqu’aux théologies de la mort de Dieu. De nos jours, l’assimilation des religions orientales à un athéisme ressort de cette catégorie ; en ce qui les concerne on devrait plutôt parler de « non-théisme« , ce qui est sensiblement différent. 

·               Le fait de considérer que s’il y a des dieux, ils ne s’occupent pas des hommes, comme les philosophes matérialistes abdéritains et plus tard nier les dieux, comme les philosophes matérialistes comme Karl Marx

C’est toujours le croyant qui assigne le païen, l’incrédule, l’hérétique, l’apostat, le marrane, l’incrédule, l’infidèle, l’agnostique et l’athée. Aujourd’hui, la situation est plus contrastée :la démocratie donne à l’athée la possibilité de se revendiquer comme tel, et de prendre à partie ceux qu’il considère comme des fanatiques, fondamentalistes, obscurantistes, naïfs, charlatans, etc. Cependant, certains considèrent qu’il ne s’est pas nommé lui-même. 

4.b les philosophes abdéritains  

Considèrent que, si les dieux existent, ils ne s’occupent pas des hommes et que, de ce fait, il est inutile de s’occuper d’eux : « Sur les dieux, je ne peux rien dire, ni qu’ils soient, ni qu’ils ne soient pas : bien des choses empêchent de le savoir, d’abord l’obscurité de la question, ensuite la brièveté de la vie humaine. Sur les Dieux, Protagoras

4.c L’athéisme dissident  

Dans l’Antiquité tardive, les pamphlétaires désignait comme impies (équivalent de athée) les juifs et leur dieu invisible, sans incarnation, partout et nulle part à la fois quoique le judaïsme fut religio licita (religion autorisée) et l’État désignait comme athées les chrétiens qui refusaient le service militaires et ne sacrifiaient pas aux dieux de la cité. 

 

4.e Climat du tournant du XVIIe XVIIIe siècle  

Les libertins du XVIIe puis du XVIIIe siècle relevaient de plusieurs dissidences : 

1.     sur la morale répressive issue de la religion catholique, 

2.    sur la façon de penser les dieux (le dieux des chrétiens en particulier), 

Les traces de la Révocation de l’édit de Nantes durèrent longtemps malgré une petite éclaircie sous la Régence. La religion prétendait fonder la morale. Pierre Bayle constate que les guerres de religion ont été menées et les massacres ont été commis par les croyants. Il en conclut que la foi ne garantit ni la moralité ni l’humanité. Comment peut-on prétendre à une équivalence entre la foi et la morale ? Cette question sera creusée durant tout le XVIIIe siècle. 

Les libertins du XVIIe siècle pratiquaient la double vérité publiant des livres avouables et tenant, entre amis, dans les salons, des conversations sans traces autres que celles de la correspondance, face à une monarchie de droit divin qui ne pouvait se priver de son meilleur allié : le christianisme. Il est donc difficile de savoir si l’apparente foi de certains penseurs de l’époque n’était dictée uniquement par la peur de la répression. 

La censure s’exerçait donc sur tout le domaine philosophique qui comportait aussi bien des ouvrages de science naturelle, que de politique ou de théologie. 

Eurent à faire avec la censure, les œuvres suivantes : 

·     la lettre sur les aveugles, 

·     l’histoire naturelle de Buffon

·     l’esprit des lois de Montesquieu

La censure entendait donc par philosophie tout qui couvre le domaine du tabou et de l’interdit. On publiait donc aux Pays-Bas et l’on résidait en Suisse

 

4.f Les Libertins  

Dans le désordre : 

·     La Mettrie, 

·     D’Holbach, 

·     Malebranche, 

·     L’abbé Jean Meslier, La religion soutient le gouvernement si méchant qu’il puisse être (et réciproquement) (mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier) : « toutes les religions ne sont qu’impostures » 

Pendant 40 ans, Meslier mène une vie pieuse auprès de ses paroissiens mais soutient le petit peuple contre les seigneurs. Un peu avant sa mort, il écrit ses mémoires. Tout ce qu’il pense de la religion et du système social : un curé révolutionnaire et athée. Il lie la religion le sacré à la politique l’exploitation de l’ignorance des gens. 

Ses mémoires sont l’envers du prêche. Elles se répartissent en 86 sections sur plus de 1000 pages écrites pour ses paroissiens. Elles ne furent rééditées que dans les années 1970 mais les paroissiens de Meslier ne purent les lire. Jean Meslier écrit aux prêtres alentour de son village pour justifier son athéisme. Il est enterré sans sépulture chrétienne. Ses écrits sont trop forts pour le XVIIIe siècle : Voltaire le tronque pour l’éditer, ne gardant que les aspects déistes. 

·     Marquis de Sade 

« Je te défie toi-même de croire au dieu que tu me prêches car tu ne peux ni le trouver ni le définir. » Il présente le rapport à la mort dans le libertinage érudit. (1783. A l’époque, on croyait que le philosophe, au moment de sa mort, se repentait pour sauver son âme (une théologie de la peur). Chez Sade, le prêtre censé assister l’athée qu’il met en scène se convertit à l’athéisme tandis que 6 femmes le convertissent au plaisir. 

4.g Dissidents religieux  

·     Baruch Spinoza se fait exclure de sa communauté juive, et il est considéré comme un athée par l’école de philosophie régnant dans les universités de Paris, France (Cf. la lecture parisienne de Spinoza). Lui-même et bien d’autres ne le considère pas comme athée. 

·     César du Marsais, grammairien et théologien 

·     Thomas Woolstone, prêtre anglican et son traité sur les miracles meurt en prison pour blasphème. 

¡Lexique: Athéisme

 

Refus de l’existence de Dieu, l’athéisme se distingue de l’agnosticisme (qui tient pour impossible de se prononcer sur cette question) et du déisme (qui reconnaît, hors religion, l’existence d’un être suprême).

La difficulté inhérente à la notion d’athéisme provient des deux interprétations possibles de la particule “a-” : elle peut être privative ou négative. 

Dans le premier cas, l’athéisme se définit par le postulat de l’absence radicale de Dieu, c’est-à-dire la thèse selon laquelle la question n’a même pas à se poser. L’idée même que l’on puisse se représenter le concept d’un être suprême, éternel et omnipotent semble alors impossible et vaine, sans fondement. Il ne s’agit pas d’affirmer que Dieu n’est pas, mais que la conception d’une idée telle que celle de Dieu est absolument contradictoire et impossible. Mais si l’athéisme est silence et non négation, alors le terme est contradictoire ; il perd son sens : affirmer que l’idée même de dieu est inconcevable, c’est encore se déterminer par rapport à une idée conçue puisque évoquée. Pour qu’une telle conception soit valide, il faudrait que le terme même d’athéisme soit invalidé.

Dans le deuxième cas, qui, seul, permet à la dénomination de revêtir une pertinence, l’athéisme ne peut se comprendre qu’à partir de ce qu’il nie, c’est-à-dire l’existence de Dieu. Mais on tombe alors dans la contradiction que la première position, elle, prenait soin d’éviter : on accrédite la possibilité de ce que l’on refuse (si je ne peux rejeter Dieu qu’en ayant une idée de Dieu, n’est-ce pas déjà y consentir ?)

Le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux est de qualifier l’athéisme comme incroyance. L’athée est celui qui se détermine par rapport à une idée qu’il conçoit, mais à laquelle il n’adhère pas. Il refuse de croire, préfère s’en tenir à ce qu’il sait, à la réalité qu’il éprouve. C’est pourquoi l’athéisme va le plus souvent de pair avec le matérialisme, qu’il soit à tendance naturaliste, scientiste, ou sociale (marxisme).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5¡ Pkoi Dieu doit-il existe? 

 

 

 

5.a Athéisme et aliénation 

 

L’athéisme traduit au moins deux sortes de comportements relativement à la problématique de l’existence de Dieu. L’un consiste en un désintérêt, une indifférence face à la question elle-même parce que le vécu de la personne concernée ne l’a pas conduite à se poser ce problème ou bien parce qu’elle préfère l’ignorer volontairement. L’autre résulte d’une idéologie qui rejette clairement la croyance en l’existence de Dieu qu’elle considère comme une aliénation à ce qui ne serait que le produit du cerveau humain. Ce système de pensée se fonde le plus souvent sur la raison et l’expérience. Pourquoi, en effet, croire en ce qu’on ne voit pas ? Il est aussi profondément ancré dans le réel : est-il raisonnable de vivre le temps présent dans la perspective de l’au-delà ? Mais l’athéisme se refuse aussi à n’être qu’une pensée basée sur le refus de l’image de Dieu que servent les religions depuis des millénaires : il se veut un système à part entière dans lequel la science apporterait suffisamment de réponses aux angoisses existentielles de l’homme…

 

La quête de liberté et de responsabilité de l’athéisme a pour mérite de pousser le chrétien de l’an 2000 à purifier sa vision de Dieu. Il est certain que le dualisme auquel les religions ont habitué l’homme ne rend compte ni de l’Amour infini de Dieu pour ses enfants ni de la liberté extraordinaire de l’individu et de son pouvoir créateur. L’athéisme constitue en fait une réaction à cette spoliation : face à un dieu sans Amour, face à une croyance rejetant l’accomplissement humain dans l’au-delà, face à des Eglises infantilisantes, il est normal et sain que des êtres humains en viennent à considérer comme évidente la non-existence de Dieu. Ils ont parfaitement raison : ce dieu-là n’a jamais existé. A force de séparer le Père et ses enfants, à force de placer le premier dans un lieu inaccessible tandis que les seconds se traînent dans la boue, l’individu n’a plus qu’à adopter une attitude pragmatique pour se forger ses propres repères. C’est ainsi qu’il regagne peu à peu ses capacités créatrices et qu’il se donne la possibilité de découvrir une toute autre réalité de Dieu : un visage d’Amour, de liberté, de don et de responsabilité. Ce visage se présente lorsqu’il a fait table rase des images artificielles plaquées sur Dieu pour lui substituer la simple face de son prochain, de son semblable.

 

 

 

 

 

 

5.b Dieu existe-t-il? 

 

5.1b   Contradiction fondamentale de l’athéisme 

5.1b.1 A priori numéro 1 

5.1b.2 A priori numéro 2 

 

5.2b     Les limites humaines 

5.2b.1  Théoriser sans prouver 

5.2b.2  Croire sans voir 

5.2b.3  Constater sans expliquer

 

 

En préambule je voudrais dire que le thème proposé peut être appréhendé de 2 manières différentes:

 

¡Approche subjective: Oui Dieu existe, je le crois, je le sais, je le sens, je l’expérimente. Oui, nous avons une révélation de la part de Dieu: c’est la Bible, je m’en nourris chaque jour depuis 30 ans! Avec Frossard plusieurs peuvent dire: «Dieu existe: je l’ai rencontré!» Sans vouloir toucher à la force de ces témoignages, reconnaissons que de telles déclarations ont aussi leur faiblesse et leurs limites. D’autres croient d’autres choses et expérimentent d’autres choses.

 

¡Approche objective: Si Dieu existe et si la Bible est la révélation concrète de sa pensée nous devons trouver des traces et des évidences de son existence et de sa révélation, celles-ci étant accessibles à tous les hommes.

L’approche objective du problème nous impose de considérer 2 hypothèses: soit Dieu existe soit il n’existe pas. Dans les deux cas il y aura une démarche de foi.

Dieu existe: J’accepte que je ne peux ni le comprendre ni l’expliquer et que je ne peux le connaître que s’il veut se faire connaître à moi. De grands hommes de science ont été convaincus:< Sir Isaac Newton a pu dire: «En l'absence de toute autre preuve, la considération de mon pouce suffirait à me prouver l'existence de Dieu.»

Plus récemment le Professeur Alfred Kastler, Prix Nobel de Physique, écrivait: «L’idée que le monde, l’univers matériel, s’est créé tout seul me paraît absurde. Je ne conçois le monde qu’avec un Créateur, donc un Dieu. Pour un physicien, un seul atome est si compliqué, si riche d’intelligence, que l’Univers matérialiste n’a pas de sens…» (Foi chrétienne et athéisme dans le mouvement scientifique contemporain, p 23)

 

¡Dieu n’existe pas: Je suis obligé de croire que j’existe par hasard, grâce à un processus évolutif qui, miraculeusement, ne partant de rien aboutit à un chef d’oeuvre, en violant constamment les lois fondamentales de la science et du simple bon sens. Avez-vous déjà constaté que les choses s’amélioraient par elles mêmes lorsque vous les laissiez à l’abandon? Moi pas!

Voici le témoignage courageux d’un savant contemporain athée: Jean Rostand.

En tant que biologiste et évolutionniste il donne ses conclusions:

On ne peut que croire en l’évolution, on ne peut jamais que croire, et toute la différence est entre les sages qui savent qu’ils croient et les téméraires qui croient qu’ils savent.

 

5.1b Contradiction fondamentale de l’athéisme 

Nous considérerons 2 a priori

 

5.1b.1 A priori numéro 1 

Tout scientifique part de l’a priori que l’univers et la nature sont cohérents et régis par des lois que l’on peut découvrir. Plus encore, il sait que la découverte d’une loi l’amènera infailliblement vers la découverte d’autres lois. Si tout était chaotique une telle recherche ne pourrait avoir d’existence, et cela pour 2 raisons:

parce que l’homme – étant lui-même irrationnel, incohérent et inorganisé – ne se poserait aucune question et ne demanderait aucune explication: dans un tel contexte la recherche scientifique ne saurait exister.parce que, de toute façon, il n’y aurait rien à découvrir (sinon l’absence de lois et la constatation de l’anarchie, de l’aléatoire et du chaos)

Pourtant les lois existent et toute loi implique un législateur; une réalisation aussi merveilleuse que le monde réclame une intelligence et une intention; la cohérence intellectuelle voudrait que ceux qui cherchent à découvrir des lois soient aussi prêts à rechercher Celui qui les a établies.

 

5.1b.2 A priori numéro 2 

Les athées – comme leur nom l’indique – partent de l’a priori irrationnel que Dieu n’existe pas. D’autres, moins absolus, disent limiter leurs recherches à la physique, ne voulant pas entrer dans la « métaphysique » (= ce qui suit les questions de physique) Jean Rostand déjà cité, expliquait sa croyance en l’évolution par le fait qu’il avait dit « non à Dieu » et il confessait aussitôt après son trouble intérieur face à ce rejet: «je suis un obsédé, disons le mot, obsédé, sinon par Dieu, du moins par le non-Dieu. Ah! oui!»

Une telle honnêteté est rare et il convient de la souligner.

Refusant même l’hypothèse d’une puissance créatrice, extérieure et supérieure à l’homme, les plus grands hommes de science athées en sont réduits à tâtonner en proposant des théories qui les laissent souvent sur leur faim. L’un d’entre eux s’exprime de cette manière: «Triste matérialisme, que celui qui impute à un hasard, imprévisible avant, injustifiable après, la façon dont s’est déroulée l’histoire du monde» (Professeur Kahane, matérialiste et rationaliste)

Ces deux honnêtes confessions montrent que l’athéisme n’est pas naturel, il est un choix volontaire, plus encore il est un rejet volontaire, il est une opposition à la pensée qui se trouve naturellement dans tout être humain: la pensée de l’éternité, la pensée d’un Dieu Créateur.

Faites visiter une galerie de peintures à un enfant: il vous demandera naturellement: Qui a fait ce tableau? et vous lui répondrez: c’est tel peintre Faites visiter un salon automobile et l’enfant vous demandera la «marque» de tel ou tel véhicule. Vous lui répondrez que c’est une Ferrari (sous entendu: elle a été concue par les ingénieurs des bureaux d’étude de Ferrari) Faites-lui visiter un muséum d’histoire naturelle et l’enfant vous demandera de la même façon: «Qui a fait tout cela?» Vous lui répondrez alors: «cela s’est fait tout seul, au cours des temps»… Quelqu’un a dit «l’athéisme est la perversion de la raison»; la Bible dit: «se disant sages ils sont devenus fous». Selon la prophétie de Daniel- faite il y a 26 siècles – la connaissance devait augmenter à la fin des temps (Daniel 12.4 )… Mais bien d’authentiques savants nous font parfois penser à des hommes aveuglés gravissant un escalator à l’envers: ils montent marche après marche avec une pugnacité qui force le respect mais ils ne se rapprochent pas pour autant du but: «plus ils découvrent de choses plus ils découvrent de choses à découvrir». L’oasis lointaine n’est qu’un mirage: elle s’éloigne aussi vite qu’on s’en approche.

 

Il y a 3000 ans le sage roi Salomon disait de cette sorte de recherche: «J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est une occupation ingrate que Dieu a donnée aux fils des hommes afin qu’ils s’y fatiguent.» Ec 1:13 Beaucoup d’hommes honnêtes s’y sont fatigués. Pourquoi n’ont-ils donc pas voulu, en vrais scientifiques, considérer toutes les hypothèses pour découvrir La vérité? Leur recherche n’en aurait pas souffert, bien au contraire; il est d’ailleurs significatif que, au cours des siècles, les plus grandes découvertes ont été faites par des croyants.

 

5.2b Les limites humaines 

Rejetant l’idée même de Dieu l’homme ne peut connaître ni comprendre l’histoire du monde ni sa propre histoire; le risque devient alors grand de raconter des histoires, logiques, plaisantes mais fausses.

Sans porter atteinte ni à la notoriété ni à la valeur de ses auteurs mondialement connus je voudrais simplement faire quelques remarques sur un livre récent intitulé : « La plus belle histoire du monde, Les secrets de nos origines »(Seuil 1995) Voici ce qu’on peut lire en page 4 de couverture: « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Pourquoi sommes-nous là ? Voilà bien les seules questions qui valent d’être posées. Jusqu’à présent, seules la religion et la philosophie y répondaient. Aujourd’hui, la science, elle aussi, s’est fait une opinion: elle a reconstitué l’histoire du monde. C’est la même évolution qui, depuis 15 milliards d’années, pousse la matière à s’organiser, du Big Bang à l’intelligence. Nous descendons des singes, des bactéries, des galaxies. Et notre corps est composé de particules issues de la nuit des temps. Voici le premier récit complet de nos origines, à la lumière des connaissances les plus modernes. L’univers, la vie, I’homme … Trois actes d’une même épopée racontés dans un dialogue sans jargon. Qu’y avait-il avant? Comment la vie est-elle née de l’inanimé ? Cette évolution va-t-elle se poursuivre ? Est- elle compatible avec la foi ? C’est assurément la plus belle histoire qui nous est offerte ici. Puisque c’est la nôtre.» D. S.

 

(J’aime bien cette dernière phrase à double sens. On peut la comprendre aussi de cette manière: «C’est assurément la plus belle histoire inventée par l’homme qui nous est offerte ici. Puisque c’est nous qui l’avons inventée … »)

 

Hubert Reeves, astrophysicien, enseigne la cosmologie à Montréal et Paris…

Joël de Rosney, ancien directeur à l’Institut Pasteur est directeur à la Cité des Sciences…

Yves Coppens, professeur au Collège de France, est le co-découvreur de Lucy…

Dominique Simonnet, est rédacteur en chef-adjoint à L’Express…

 

Les limites des plus grands hommes de science apparaissent de façon évidente dans leurs propres déclarations.

 

5.2b.1 Théoriser sans prouver 

Bien que le titre annonce de façon inexacte « les preuves du Big Bang », (p31) le texte le présente comme une théorie scientifique (p 31 et 39) donc comme une simple hypothèse de travail. Notons que la notion de «commencement, si longtemps rejetée, est globalement acceptée aujourd’hui par la communauté scientifique. Ainsi, après des millénaires de tergiversations, les scientifiques en reviennent à ce que la bible déclare simplement depuis 3500 ans dans son premier livre, dans son premier chapitre, dans son premier verset, et dans son premier mot: Béréchit = «Au commencement» Dieu créa les cieux et la terre ».

 

5.2b.2 Croire sans voir 

Le livre est présenté, de façon fort pédagogique, sous forme de questions-réponses. Le journaliste pose les questions, les scientifiques répondent:

Question: Comment peut-on décrire le Big-bang si on ne peut pas le voir?

Réponse: – On en voit de nombreuses manifestations…. (p 31)

 

Cela m’amène à poser 2 questions:

Pourquoi tant d’hommes rejettent-ils l’idée de Dieu en disant « je ne crois que ce que je vois » alors que les plus grands scientifiques de la fin du XX ème siècle croient des choses qu’ils ne voient pas mais dont ils peuvent vérifier les manifestations?

Pourquoi ceux qui croient en Dieu devraient-ils accepter dans le domaine des sciences ce que certains scientifiques disent ne pouvoir accepter dans le domaine de la foi? La foi dans le domaine de la foi est logique, la foi dans le domaine des sciences est illogique.

 

5.2b.3 Constater sans expliquer 

 

Question: Pourquoi l’univers n’est-il pas resté à l’état de purée? (Notons au passage que la Bible parle de chaos) Qu’est-ce qui l’a incité à s’organiser? (p 39)

Réponse: Ce sont les quatre forces de la physique:

–La force nucléaire

–La force électromagnétique

–La force de gravité

–La force faible

Il est intéressant de noter que les scientifiques cherchent à «unifier ces forces» (p 44), actuellement elles se réduisent en une surprenante «trinité»

¡La force nucléaire

¡La force de gravité

¡La force électro-faible (composée des forces faible et électromagnétique, cette dernière étant composée des forces électrique et magnétique)

 

Question: – Mais d’où viennent-elles, ces fameuses forces ? (p40)

Réponse:- Vaste question, à la limite de la métaphysique…

Pourquoi y a-t-il des forces ?

Pourquoi ont-elles la forme mathématique que nous leur connaissons ?

Nous savons maintenant que ces forces sont partout les mêmes, ici et aux confins de l’univers, et qu’elles n’ont pas changé d’un iota depuis le Big Bang….

Question: – Comment peut-on expliquer que les forces soient à ce point immuables ? (p 41)

Réponse:Sur quelles tables de pierre, comme celles de Moïse, ces lois existent-elles ?

Se situent-elles « au-dessus » de l’univers, dans ce monde des idées chères aux platoniciens ?

Ces questions ne sont pas nouvelles; on en discute depuis deux mille cinq cents ans. Les progrès de l’astrophysique ont remis ce débat philosophique à l’ordre du jour sans nous permettre pour autant de le résoudre. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que, contrairement à l’univers qui n’arrête pas de se modifier, ces lois de la physique, elles, ne changent pas, ni dans l’espace ni dans le temps. Dans le cadre de la théorie du Big Bang, elles ont présidé à l’élaboration de la complexité. De surcroît, les propriétés de ces lois sont encore plus étonnantes. Leurs formes algébriques et leurs valeurs numériques paraissent particulièrement bien ajustées.

Question: – En quoi sont-elles «ajustées »? (p 42)

Réponse: -Nos simulations mathématiques le montrent: si elles avaient été très légèrement différentes, l’univers ne serait jamais sorti de son chaos initial. Aucune structure complexe ne serait apparue. Pas même une molécule de sucre. Un autre astrophysicien, américano vietnamien, Trinh Xuan Thuan (TXT) de l’université de Virginie, considéré mondialement comme un physicien «pure race» s’offre le luxe, au beau milieu d’un ouvrage scientifique (La mélodie secrète), d’un chapitre plaidoyer sur … l’existence de Dieu. Et de dire que l’univers a un dessein, un dessein mis en place et réglé par Dieu lui même, en constatant que «le réglage initial est d’une virtuosité époustouflante: on pourrait le comparer à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au beau milieu d’une cible carrée de 1 cm de coté, éloignée de 15 milliards d’années lumière …»

 

Conclusion 

Au point actuel des connaissances nous voulons simplement noter que beaucoup de scientifiques croyants ou non croyants sont actuellement d’accord avec ce que la Bible dit depuis des millénaires, savoir:

¡qu’il y a eu un commencement

¡qu’il est acceptable de croire des choses que l’on ne voit pas dans la mesure où nous en voyons des manifestations

¡que l’homme est limité et ne peut pas tout expliquer

¡qu’il y a une «trinité de forces» extérieure à l’homme qui est différente, qui est au delà de l’homme et de la création, qui est présente partout, immuable, parfaite.

 

Reconnaître cette «Force» qui a présidé à l’origine du monde n’est-ce pas – ne jouons pas sur les mots – reconnaître l’existence de Dieu et sa puissance en création?

 

Oui faisons nôtres les déclarations des prophètes d’antan:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6¡Le déterminisme, 

 Marx et les sciences sociales 

La question du déteminisme est la croix de l’épistémologie des sciences sociales. Durkheim veut fonder la sociologie sur le principe d’un déterminisme social strict (cf. Règles de la méthode sociologique). La « causalité psychique », telle que Freud l’expose dans la Métapsychologie a pour but d’établir la scientificité de la psychanalyse. Il en va de même dans la critique marxienne de l’économie politique. Les lois de développement du mode de production capitaliste doivent être semblables aux lois de la nature. La « science » dont Marx se veut le théoricien doit donc être déterministe. Or ce déterminisme conduit à des difficultés sérieuses du point de vue même dont Marx se place.  

 

La volonté, affichée par Marx, de présenter son oeuvre comme science, de mettre à nu des lois historiques qui s’accomplissent avec la rigueur inflexible des lois de la nature, a souvent conduit à caractériser la méthode de Marx comme un déterminisme strict. Une des critiques majeures du « marxisme » consiste ensuite dans la critique de ce déterminisme qui correspondrait à la science du XIXe siècle et non à la science moderne, celle du principe d’incertitude et de la physique quantique. Un deuxième type de critique disqualifie la théorie de Marx au motif que le déterminisme des sciences de la nature n’a aucune pertinence dans le domaine de l’histoire humaine. 

Il est vrai que l’interprétation marxiste courante de Marx conduit à un déterminisme radical : l’histoire doit suivre des chemins déterminés à l’avance et dont elle ne peut s’écarter. Par conséquent, la perspective de la société communiste que Marx affirme découvrir dans le mouvement réel qui se déroule sous nos yeux devient une véritable eschatologie. La «science» agit ici comme révélation, bonne parole : les divers stades que doit parcourir l’humanité ont été mis en évidence, le prochain (le communisme) doit arriver aussi sûrement que la chrysalide capitaliste contient le papillon communiste. Le déterminisme du marxisme est une philosophie de l’histoire, très hégélienne dans sa forme et souvent dans son contenu. Mais le marxisme n’est pas seul en cause. 

D’une part, le rationalisme est inséparable du déterminisme. Que les choses puissent arriver pour des raisons explicables par des lois régulières et non en raison d’une intervention arbitraire ou incompréhensible des divinités, des esprits malins ou des astres, c’est le minimum indispensable pour commencer d’avoir une pensée scientifique. « Rien n‘est sans raison » dit Leibniz. Chez Spinoza, que Marx a longuement lu et recopié, la vie des hommes eux-mêmes et la constitution de leurs institutions politiques ne peut pas être expliquées par les interventions du libre-arbitre, mais bien par une détermination naturelle à agir qui est tout aussi stricte que celle qui commande le mouvement des objets inertes étudiés par la physique. 

Mais dans le même temps, la manière dont le déterminisme scientifique est formulé n’est pas pure de toute présupposition métaphysique. La croyance au déterminisme telle qu’elle s’est construite au siècle des Lumières n’est souvent qu’une autre forme de la croyance dans la prédestination et la Providence divine. Comme le dit Jacques le Fataliste – qui se moque déjà de ce déterminisme métaphysique – « c’est écrit dans le ciel ». Le ciel garantit la vérité de la science. De Saint-Augustin à Descartes et Leibniz, la démarche scientifique s’est assurée dans l’idée de la perfection de la création. Les lois aussi régulières, les liens aussi inéluctables entre les causes et les effets ne peuvent pas être autre chose que l’oeuvre d’un Créateur ; la doctrine de l’harmonie préétablie est, à certains égards, indispensable à la démarche de la science moderne (« Dieu ne joue pas aux dés » disait Einstein). Les lois déterministes de la nature se fondent sur une nécessité divine originelle. En effet, comment peut-on être assuré que la nature n’est pas pur chaos? Il a bien fallu que les lois lui soient données. Et pour être assurés que notre connaissance de la nature est vraie, il faut éliminer l’hypothèse d’un Dieu trompeur. 

Nous avons, sans doute, aujourd’hui, une vision plus « laïque » de la démarche scientifique. Les épistémologues et les sociologues des sciences mettent en évidence la part du « bricolage », de l’imagination, les doses, souvent fortes, « d’impuretés » que contiennent toutes les grandes théories scientifiques. Mais c’est une vision a posteriori. L’aventure de la science moderne n’était possible qu’en présupposant, sans questionnement, que la nature et le monde possédaient une rationalité et une simplicité intrinsèques qui pouvaient être représentées dans tout esprit sain, par tout homme doué du bon sens. Pas plus que Dieu, la nature ne peut être trompeuse. Elle ne peut pas non plus être inconstante : Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les lois de la nature sont invariantes et universelles. Ces deux conditions permettent à l’homme d’envisager de devenir le maître de ses conditions naturelles d’existence. C’est, d’ailleurs, le programme que Descartes a fixé à la science moderne: grâce à la science, l’homme peut devenir « comme maître et possesseur de la nature ». Certes, Kant peut concevoir une connaissance scientifique de la nature sans recours à l’hypothèse théologique. L’ordre de la nature n’est pas connu intrinsèquement. C’est seulement la Raison humaine qui légifère parce que nous ne pouvons connaître la nature que comme ordonnée par le principe de causalité. Cependant, in fine, Kant doit sauver la conception théologique de la nature. 

Dès qu’on aborde la conception marxienne de la science, il faut essayer de se replacer dans ce climat intellectuel dont il ne peut s’abstraire totalement. A partir du moment où il veut faire oeuvre scientifique, il est nécessairement déterministe. Même les sociologues contemporains, qui, souvent, critiquent le déterminisme marxien au nom de la « complexité » ou de quelque autre paradigme plus ou moins clairement pensé, sont des déterministes : ils doivent essayer de formuler des lois et de se livrer à quelques prévisions. Ils ne renoncent pas à intervenir dans la conduite des affaires humaines et à proposer des solutions. 

Quel est, alors, le sens précis du mot déterminisme quand on l’applique à la théorie de Marx ? Il est nécessaire d’abord de s’entendre sur le mot lui-même en n’oubliant pas que certains glissements de sens ont été opérés au cours des deux derniers siècles qui amènent souvent à confondre nécessité et détermination : or ces deux termes ne sont nullement synonymes. Leibniz oppose la nécessité, qui conduit toujours à un certain résultat et qui est la loi régissant le domaine des mathématiques et de la métaphysique, à la détermination qui seulement «incline» et qui concerne tant la physique que la morale1 ; ailleurs cette opposition recouvre l’opposition entre le domaine qui concerne les monades simples soumises aux lois de la physique et celui des âmes dotées de réflexion et capables d’une action en vue d’une fin. Il faut noter que l’opposition entre nécessité et détermination n’est pas une différence de force comme pourrait le laisser supposer la formulation leibnizienne. La détermination n’est pas une nécessité affaiblie. Elles sont, chez Leibniz, des principes qui s’appliquent à des ordres différents. La nécessité concerne les essences, elle n’est que l’explication de ce qui impliqué dans chaque essence, le développement des prédicats qui sont inhérents au sujet. La détermination, au contraire, concerne les phénomènes du monde et elle relève de jugements contingents. Pour le rationalisme classique, la nécessité concerne donc la métaphysique et les mathématiques, alors que la détermination concerne, sur un pied d’égalité, la physique et la morale. A la certitude absolue des premières s’oppose ainsi une certitude relative, une certitude sous condition, dans les sciences subordonnées. 

Mais cette certitude relative connaît elle aussi des degrés. La certitude des prévisions de la physique, fondée sur la connaissance des lois de la nature, suppose un déterminisme fort, alors que dans les « sciences morales », non seulement les prévisions sont extrêmement difficiles, mais la connaissance des lois elle-même est fort incertaine. La détermination de la trajectoire d’un corps n’est soumise qu’à des aléas extérieurs : si aucun événement imprévu n’intervient, le corps suivra exactement la trajectoire prévue par la théorie, moyennant des incertitudes qu’on peut évaluer. Inversement, la détermination des hommes à agir dans tel ou tel sens ne permet nullement de prétendre qu’ils le feront ou même qu’ils feront des efforts pour le faire. Cette action est seulement possible. Bien que Marx invoque souvent la « nécessité inflexible » des lois de la nature, le déterminisme qu’il met en évidence dans l’étude de la société est bien plutôt un déterminisme du deuxième genre, un déterminisme propre aux sciences de l’homme, qui n’indique que des tendances et nullement des prévisions certaines. Ce que montre l’expression même de Marx quand il parle de « lois tendancielles ». 

Mais, même si on en s’en tient aux affirmations de Marx sur l’analogie de sa critique de l’économie politique avec les sciences de la nature, comme la physique, il faut encore préciser de quel type de déterminisme physique il s’agit. En effet, la première distinction, entre un déterminisme fort des sciences de la nature et un déterminisme faible des affaires humaines, se redouble d’une opposition au sein même des sciences de la nature, ou des sciences exactes. Dans la physique classique, Kojève2 distingue un déterminisme causal et un déterminisme statistique. Le premier, résumé par «mêmes causes, mêmes effets» est représenté par la thèse de Laplace. Le second suppose que la prévision ne concerne pas les éléments pris à titre individuel (telle ou telle molécule d’un gaz) mais porte sur l’état global du système. S’il faut rattacher la position théorique de Marx à l’une de ces deux catégories, c’est incontestablement à la seconde que nous avons affaire3. Les lois du mode de production capitaliste ne se vérifient pas nécessairement pour un capitaliste individuel mais seulement quand on considère le mode de production capitaliste dans son ensemble. On peut, à la rigueur, résumer l’ambition de Marx en disant qu’il a cherché à construire une « physique sociale statistique ». L’importance qu’il accorde aux travaux d’Adolphe Quételet concernant l’application des méthodes statistiques aux sciences sociales l’indique clairement.4 Néanmoins, il y a deux différences importantes qui font qu’on ne saurait assimiler la théorie de Marx à une physique sociale statistique sans incompréhensions graves. 

Premièrement, la physique statistique, tout en étant statistique, n’en donne pas moins des prévisions exactes dans une fourchette de valeurs déterminées. Par sa nature même, l’analyse marxienne ne donne aucune prévision chiffrée, non parce que Marx ne disposait pas de modèles mathématiques suffisants, mais parce qu’elle n’est pas une économétrie mais une tentative d’explication de ce que mesurent les spécialistes de l’économétrie. La théorie des crises cycliques elle-même n’est pas une prévision chiffrée et vérifiable pratiquement. La théorie marxienne n’est jamais en effet une théorie de la prévision économique. Marx constate après coup les crises cycliques et tente d’évaluer leur fréquence moyenne à partir d’outils statistiques mais nulle part la théorie marxienne ne permet d’expliquer pourquoi les crises ont lieu tous les dix ans environ à telle époque, tous les six ou sept ans à une autre époque, etc.. Sur ce plan Marx s’en tient à des considérations purement empiriques, notamment celles qui lui sont fournies par son ami Engels à partir de sa connaissance « de l’intérieur » de la marche des affaires. On peut même aller plus loin et affirmer qu’il n’y a pas à proprement parler de théorie des crises cycliques chez Marx. Il y a une théorie du cycle qui suit le double mouvement de la marchandise et de l’argent. Il y a une théorie de la crise en général, ou du moins une théorie de la possibilité formelle des crises dans l’analyse de la marchandise de la première section du livre I du Capital. Mais on ne trouve pas véritablement de théorie des crises cycliques en tant que telles. Dans son ouvrage sur « Le marxisme et les crises », Jean Duret le constate sous une forme paradoxale : 

 

La théorie marxiste des crises est une pierre angulaire extrêmement importante de l’édifice du socialisme scientifique. 

Marx n’en a donné nulle part l’exposé systématique ; 5 

Jean Duret cependant estimait qu’en rassemblant les divers éléments, cycle de reproduction exposé dans le livre II, théorie de la baisse tendancielle du taux de profit, etc., on pourrait « combler les lacunes » et produire une théorie marxiste des crises. Force est de reconnaître qu’il n’en a rien été et qu’il y a à peu près autant de « théories marxistes des crises » que d’auteurs marxistes ayant eu à traiter de ce sujet.6 

Quand Marx s’essaie aux prévisions économiques7, c’est le plus souvent par une analyse de conjoncture qui ne s’appuie pas sur les éléments spécifiques de sa théorie mais plutôt sur le fonds d’idées communes à tous les économistes, comme si la théorie, le « socialisme scientifique » diraient les marxistes, n’avait plus rien à dire dès qu’on s’intéresse à la réalité quotidienne. 

Encore, en nous concentrant sur la prévision économique, nous ne nous intéressons qu’à un aspect de la théorie sociale de Marx. Car il est encore moins question de parler de prévision en matière de révolution sociale, même si Marx, comme tous les révolutionnaires, a toujours eu tendance à annoncer la révolution sociale pour la semaine suivante et à constater que l’histoire n’a pas honoré les traites sur l’avenir qu’on lui a présentées. 

Il faut donc bien constater cette différence essentielle entre la critique marxienne et les sciences de la nature : la critique marxienne, tout en s’affirmant comme une théorie déterministe, ne fournit aucune prévision de l’avenir en fonction des éléments déterminants déjà réunis. On a souvent répété après Popper que la théorie marxienne était « infalsifiable » à cause de sa théorie de l’idéologie, tout comme la psychanalyse l’est à cause de la théorie de la résistance. En réalité, si la théorie marxienne ne passe pas le « test de Popper », ce n’est pas parce qu’elle réfute à l’avance toute tentative de réfutation, c’est parce qu’elle est essentiellement une « science interprétative » qui ne débouche pas sur des prévisions qui pourraient servir d’expérimentation. 

Deuxièmement, le système observé par la physique statistique est un dispositif expérimental ; le caractère statistique de la loi provient de ce qu’on observe extérieurement un grand nombre d’éléments identiques dont les rapports mutuels sont contingents. La loi laisse de côté les propriétés et les caractéristiques de chaque individu pris isolé (par exemple une molécule dans un gaz) pour formuler des relations entre grandeurs moyennes. La pression d’un gaz est une grandeur mesurable qui n’est pourtant que la résultante des actions individuelles contingentes de chaque molécule. Et,pourtant, la dynamique des gaz est une science déterministe qui permet de prévoir exactement l’évolution d’un système. Les individus qui se rencontrent sur un marché, le marché du travail y compris, peuvent être comparés à ces molécules et de leurs confrontations mutuelles naîtra un prix de marché, formé a posteriori par la concurrence. Mais Marx refuse de restreindre sa recherche à cette vision positiviste. Les relations entre grandeurs formées sur le marché, qui se constituent a posteriori par l’action aléatoire des individus dépendent d’une réalité plus « profonde », plus fondamentale, d’une réalité essentielle qui reste l’objet de la science. Ainsi, les rapports entre les individus apparaissent comme contingents, mais, pour Marx il s’agit d’une illusion. La concurrence, en effet, se présente d’abord comme quelque chose d’extérieur pour chaque capitaliste (ou pour les ouvriers dès lors qu’ils se font concurrence dans la vente de la force de travail), mais, dit Marx, elle est en réalité le moyen par lequel sont exécutées les « lois immanentes du mode de production capitaliste ». Cette expression pose problème. Si on en reste là et qu’on prend cette formule sans l’interroger, elle prend un caractère tout à fait mystique ; les lois « immanentes » non vérifiables par la voie empirique, ou du moins vérifiables uniquement de manière indirecte et au prix d’une interprétation, apparaissent comme le « deus ex machina » du mode de production capitaliste8. Marx évidemment ne s’en tient pas là. Il lui faut donc montrer comment s’exécutent ces lois immanentes, comme on passe de ce que Alain Lipietz appelle l’économie ésotérique à l’économie exotérique : ainsi les livres II et III du « Capital » visent-ils à exposer comment l’ensemble fonctionne après que le livre I a démonté la machine capitaliste et mis en évidence son mécanisme caché. La transformation des valeurs en prix constitue le premier pas de cette démonstration que Marx n’a pas pu mener à son terme. Autrement dit le déterminisme essentiel n’est pas celui qui relie une configuration exotérique à une autre (la consécution d’un phénomène et d’un autre phénomène, dirait-on en termes empiristes) mais celui qui explique comme telle structure ésotérique va se manifester de façon exotérique. Le marché est le médium qui organise la coopération permettant aux individus sociaux de produire leurs conditions d’existence. Autrement dit, la réalité « ésotérique » de la coopération prend la forme exotérique de la concurrence, c’est-à-dire de la lutte de chacun contre chacun. 

L’articulation de ces deux niveaux est essentielle pour comprendre Marx. C’est elle, en effet, qui permet de comprendre pourquoi la plus-value ne se forme pas au niveau de chaque entreprise individuelle, mais au niveau de l’ensemble du système capitaliste. La concurrence, qui forme la loi du marché ne fait que transformer cette plus-value en profit que chaque entrepreneur va pouvoir réaliser en tenant compte de ses avantages comparatifs propres (différentiel de productivité, position de monopole, etc.) Ce qui permet de comprendre aussi qu’une entreprise qui ne réalise aucun profit n’en exploite pas moins ses ouvriers … Faute de saisir ce noeud de la théorie de Marx, la plupart des critiques libérales tombent à plat, puisqu’elles comprennent Le Capital, non comme une théorie du mode de production capitaliste, mais comme une théorie de l’entreprise capitaliste. 

Essayons de formuler cela encore autrement. La théorie marxienne, dans ce qu’elle a de spécifique, dans ce en quoi elle se sépare de celle des économistes, n’est pas une théorie déterministe du type de la physique classique, ou seulement de façon lointaine, par analogie. Marx n’affirme pas que le phénomène A est nécessairement suivi par le phénomène B, ni que l’état E1 d’un système évolue nécessairement vers l’état E2. Il affirme seulement – mais c’est énorme ! – que l’état E1 et l’état E2 sont tous les deux explicables par une même réalité plus essentielle, qui est d’un tout autre ordre, car la valeur n’est pas du même ordre que le prix et la valeur de la force de travail si elle fonde le salaire se situe sur un autre plan. Les liens entre les états E1 et E2 représentent le mouvement apparent dont Marx cherche le mouvement réel interne. Ce mouvement interne est cause ; les états n’apparaissent selon Marx que dans conditions déterminées, c’est-à-dire précises, concrètement définies, mais Marx n’a jamais affirmé que le mouvement interne réel déterminait et donc rendait strictement prévisible la succession des états apparents. Bien au contraire Marx a consacré des années de travail à montrer comment le mouvement apparent différait en réalité de ce qu’on aurait pu prévoir en appliquant de manière déterministe les «lois» du mouvement réel, ainsi de la loi de la baisse du taux de profit qui n’est qu’une loi «tendancielle», ainsi la formation des prix de production et des prix des marchandises tout en «obéissant» à la loi de la valeur aboutit à ce que le mouvement des prix apparaît totalement indépendant de la valeur (quoique la somme des prix soit toujours égale à la somme des valeurs). 

Précisons encore. Pour le positivisme, les phénomènes ne s’expliquent pas par une réalité cachée. Si on oppose l’essence à l’apparence, c’est seulement par un reste d’attachement à l’ancienne métaphysique. Quand on dit que, contrairement aux apparences, la terre autour du soleil, le positiviste pur et dur considère qu’on dit seulement qu’il est plus simple de supposer que la terre tourne autour du soleil pour faire les calculs astronomiques. Contre Galilée, le positiviste est du côté du Cardinal Bellarmin. Inversement Marx est du côté de Galilée. Pour lui, la terre tourne « vraiment » autour du soleil. La réalité cachée est une véritable réalité et non une astuce de calcul. Autrement dit, le déterminisme n’est pas uniquement opératoire mais aussi ontologique. En ce sens le déterminisme de Marx pourrait être nommé un déterminisme fort. Mais en même temps, la réalité phénoménale est le résultat de la conjonction d’un si grands nombres de mouvements fondamentaux qu’elle devient imprévisible. Et en ce sens le déterminisme de Marx est un déterminisme faible. 

Donc, si on peut parler de déterminisme chez Marx, c’est uniquement en un sens très particulier. Tout ce qui advient s’explique par un enchevêtrement de causes efficientes mais il n’en faut point conclure que de tout se déroule selon un ordre inexorable. Il faut distinguer deux sens dans le déterminisme : le déterminisme orienté vers le passé qu’il est toujours possible de mettre en oeuvre (tous les évènements du passé ne peuvent être compris que sous le mode d’une stricte causalité) et le déterminisme orienté vers l’avenir qui ne fonctionne que dans un certain nombre de cas bien précis et selon des modalités particulières, dans le domaine des sciences de la nature par exemple. Ce double déterminisme recoupe la double structure subjectivité-objectivité qui est la caractéristique de la théorie de la connaissance marxienne. Les hommes font eux-mêmes leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas choisies et qui pourtant sont le résultat de l’action passée des hommes. Cette formule condensée et bien connue de la pensée marxienne peut s’interpréter ainsi : l’action passée est devenue un phénomène objectif qui s’impose à chacun et détermine ainsi son action en en fixant les termes. Mais en tant qu’il est un individu vivant, chaque homme est subjectivement libre de la manière de traiter ces termes qui lui sont imposés. Il peut se conduire passivement sous l’effet des « affections » ou au contraire agir activement sous la conduite de la raison qui consiste à connaître ce qui nous détermine9. La révolution sociale n’est pas possible dans n’importe quelle circonstance, ses conditions sont déterminées strictement par l’évolution historique et les ressources qui sont disponibles – le niveau de développement des forces productives – mais, pour Marx, il n’y a pas de révolution sociale sans que les ouvriers se décident eux-mêmes, subjectivement à conduire l’action. C’est d’ailleurs pour cette raison que Marx s’oppose aux anarchistes. Les anarchistes refusent l’action politique parce qu’au fond ils ne font confiance qu’au mouvement objectif alors qu’est nécessaire l’intervention subjective qu’est l’action politique organisée10. L’histoire humaine n’est donc jamais réductible à un « objet » de science et n’est donc jamais pleinement « déterministe » et néanmoins reste déterminée. 

Dans le domaine de la connaissance sociale, le déterminisme n’est donc jamais un moyen de prévision ; il consiste seulement à délimiter des champs de possibles pour l’action humaine et nullement à prévoir que tel ou tel événement se produira aussi inévitablement que la chrysalide se transforme en papillon. 

Au-delà de la discussion sur la signification de la pensée de Marx, c’est tout le champ des sciences sociales qui est ainsi interrogé et, spécialement, le champ de la « science économique » où le recours à un appareillage mathématique imposant et encombrant parvient difficilement à masquer les graves difficultés théoriques. 

1voir, par exemple, Discours de Métaphysique  

2Alexandre Kojeve : L’idée de déterminisme dans la physique classique et dans la physique moderne – Réédition « Livre de Poche -Essais » 1990  

3Sur ce point nous partageons les analyses de Michel Vadée (in «Marx penseur du possible») qui a bien montré le rôle des statistiques dans la pensée de Marx.  

4Nous renvoyons à l’ouvrage déjà cité de Michel Vadée.  

5Jean Duret : « Le marxime et les crises » (Gallimard 1933 ; réédition fac similé Éditions d’Aujourd’hui 1977) page 73  

6Ce point mériterait à lui seul un ouvrage. Les auteurs marxistes introduisent une différence, qui est, pour l’essentiel, ignorée de Marx, entre « grandes crises » et crises « ordinaires » ou encore entre crises conjoncturelles et crises structurelles. On retrouve cette distinction dans les analyses de Kondratief, reprises par Ernest Mandel (avec la théorie des cycles cinquantenaires), ou dans les thèses de « l’école de la régulation » (oppostion des crises de régime d’accumulation du capitalisme aux récessions ordinaires). Cette distinction est liée à la volonté de constituer une histoire concrète du mode de production capitaliste développé qui est hors du champ d’étude de Marx. L’histoire n’entre chez Marx que dans la genèse du mode de production capitaliste à partir de la production marchande simple. Mais une fois ce point expliqué, il s’agit de produire le modèle théorique pur et non d’analyser les formes phénoménales du MPC.  

7On en trouvera des nombreux exemples dans les articles destinés au New York Daily Tribune.  

8Il faut d’ailleurs noter que Marx n’est pas seul ; les classiques et les néo-classiques, s’ils font appel en permanence au marché de concurrence parfaite, font disparaître ladite concurrence de leurs schémas dès que la supposition de la concurrence parfaite est posée.  

9Même si nous ne partageons pas tous les rapprochements opérés par les althussériens entre Marx et Spinoza, il est clair que sur ce point précis, Marx est un disciple strict de Spinoza : la liberté est la connaissance de la nécessité et l’action conformément à cette connaissance.  

10C’est la divergence entre Marx et Proudhon dont nous avons déjà parlé. Proudhon cherche des solutions économiques à la question sociale, alors que Marx ne voit pas de solution à la question sociale en dehors de cette « émancipation des travailleurs [qui] sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes.  

 

 

 

 

 

 

 

7 Réponses à “Athéisme”

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  5. thomas dit :

    Pourquoi vouloir faire de l’athéisme une philosophie ?
    Pourquoi vouloir définir l’athéisme par rapport à Dieu ?
    Le problème de la religion, qui, en effet, est une construction pseudo-philosophique, c’est qu’elle ne trouve pas de philosophie athée à critiquer, démonter.
    A mes deux premières questions, je réponds :
    il n’y a pas d’athéisme, il n’y a que des athées.
    il est absurde de penser par rapport à Dieu, Dieu n’existe pas pour l’athée.
    A l’évidence, quotidiennement, en prenant tout en compte dans mon existence, Dieu n’est pas.
    Entendez-moi bien, je ne dis que Dieu n’existe pas, je ne pense pas son inexistence, je ne me pose pas la question. C’est une non-question.
    C’est la vie, sans les illusions et les contes, qui fournit cette évidence.

  6. ndiaye malick dit :

    il ya un livre a faire avec le plan suivant
    1 atheisme dans la bible et la tradition juive
    2atheisme dans la tradition chretienne
    3athesisme dans la tradittion musulmane

  7. Claire dit :

    Tout votre texte est basé sur une fausse définition. Vous définissez l’athéisme par rapport à ce que vous nommez « dieu ». Mais justement « dieu » est un concept vide pour nous les « athées ». Athées ceci ou athées cela comme vous glosez pendant des pages…Pour être honnête, il faudrait supprimer ce mot stupide « athée ». Nous ne nous en sortirons pas de cette question qui n’est pas une question pour nous. Et puis…vous auriez dû éviter de vous lancer dans la critique de certains auteurs sans bien comprendre…

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